Témoignage : « Je vends des nudes sur internet »

Le business des nudes est en plein essor sur les réseaux sociaux, notamment celui du célèbre oiseau bleu. Des femmes (cis, trans ou encore non-binaires) se sont lancé-es dans ce marché fleurissant des photos dénudées qui est, néanmoins, à double tranchant. Certain-es d’entre elleux ont gentiment accepté de répondre à mes questions. Je les remercie encore pour leur confiance. Je vous demanderai de faire preuve de bienveillance envers elleux, tout commentaire dégradant et/ou insultant sera immédiatement supprimé !

Pour se lancer dans la vente de nudes, il suffit d’un téléphone portable et d’internet, il faut également se construire un réseau et utiliser les bons hastags, comme par exemple #nudes, #sellnudes, #buymynudes, pour que les internautes vous trouvent plus facilement. Prendre des photos dénudées n’est pas anodins pour ces femmes/lœmme, cela leur a permis avant tout d’apprendre à aimer leur corps, de se trouver belles/bel ou encore de redécouvrir leur sensualité.

« J’ai commencé à faire des nudes pour m’accepter telle que j’étais. Je sais, c’est un peu cliché, mais c’est la vérité. Jusqu’au mois d’août, je ne m’assumais pas du tout et j’ai eu un déclic un jour. J’ai commencé à prendre des photos de moi en sous-vêtements. J’ai aussi vu les photos de Krokodeal et j’ai trouvé ce qu’elle faisait magnifique. J’ai commencé à faire pareil et à suivre des comptes Twitter de nudeurs et nudeuses et ça m’a donnée envie de m’inspirer d’iels. » raconte Chadenco.

« Je faisais des nudes de base pour mon copain et quelques amies (échange) et je me suis rendue compte que ça m’aidait à accepter mon corps et ma sensualité. » explique Eve.

« Je faisais des nudes à la base pour me découvrir. Je venais de comprendre que j’étais une fille transgenre et les nudes m’ont permis de développer une confiance en moi. J’ai commencé à les vendre il y a peu, par besoin financier. » confie Mia.

L’argent n’est clairement pas le déclencheur pour la majorité d’entre elleux, néanmoins il apporte un plus qui n’est pas négligeable et permet par exemple d’alléger les fins de mois comme l’explique Lily

« Je fais des nudes depuis quelques années de manière personnelle, puis ensuite j’ai commencé à en partager sur les réseaux. Ayant besoin d’argent, je me suis dit que ça pourrait aider à alléger ma précarité. »

Le regard qu’ont les femmes/lœmme sur leur corps est extrêmement important, photographier leur corps nu c’est avant tout pour elleux-mêmes, pour s’aimer et reprendre confiance en elleux. Ce mouvement de nudes lâchés sur les réseaux sociaux permet également de (re)découvrir la diversité des corps, loins des clichés que nous véhiculent sans cesse les médias. C’est ce qu’explique Enora à travers sa réponse à ma première question (Qu’est-ce qui t’as donné envie de faire des nudes et de les vendre par la suite ?)

« On voit beaucoup de photographies de femmes ultra normées, ça devient sympa quand on se rend compte qu’en fait tout est une question de photos, qu’on peut faire des super photos avec n’importe quel corps. Il y a énormément de normes qui pèsent sur le corps des femmes et je crois qu’il n’y a pas une seule femme qui ne complexe sur aucune partie de son corps, c’est aussi une question d’appropriation et d’apprendre à aimer son corps, se trouver belle. Se trouver belle sur quelques photos c’est déjà super ! »

Bien entendu faire des nudes demande du travail et du temps. Comme un-e journaliste qui rédige son article en se documentant ou encore un-e prof qui prépare ses cours pour sa classe, les « nudeur-ses » préparent elleux aussi leurs photos sérieusement soit en s’inspirant d’un concept tel que le Nudevember, comme me l’a exposé Emeline

« En ce moment, je suis le Nudevember, sinon ça dépend vraiment du moment. »

Ou encore en s’inspirant d’autres femmes/hommes sur les réseaux sociaux, comme c’est le cas pour Jenn et Mia

« Je peux m’inspirer d’autres photos, d’autres nudeuses, de shooting photos. J’ai plein de magazines Vogue et je pioche un peu mes idées dedans des fois. »

« Je m’inspire beaucoup de mes amies nudeuses, car il est plus difficile pour moi de mettre en avant certaines parties de mon corps étant transgenre. »

Soit en les sortant tout droit de leur imagination : 

« L’inspiration vient d’un coup. Je peux être dehors et me dire : « Ah ce soir je vais me prendre en photo comme ça ! » raconte Jenny.

« Au début, je m’inspirais d’autres nudeuses mais aujourd’hui, c’est selon mon ressenti, mes envies, le rendu de la photo, la lingerie que je porte. Je joue avec les lumières, les miroirs mais aussi avec mon corps comme mes cheveux, mes mains, mes bras. Si la photo me plaît, je la garde. Parfois, je fais 20 photos et je n’en garde aucune. » révèle Chadenco

La qualité prévaut sur la quantité. Il faut soigner le cadre, le décor est également important et cela demande un investissement de son temps qui est non négligeable. Heureusement, ces femmes/lœmme peuvent compter sur l’aide et le soutien de leur partenaire (n’en déplaise aux plus réticent-es).

« Tous les week-end, je prends 2h où mon conjoint me prend en photo, ensuite il y a le post traitement qui nous prend pas mal de temps aussi. Une fois que c’est fait, je transfère tout sur mon téléphone pour toujours avoir des photos à portée de main et pouvoir les envoyer à n’importe quel moment. Il m’arrive aussi de prendre des clichés rapides avec mon téléphone pour alimenter mon compte snapchat ou Twitter. » explique Savannah

La prise de photos, le traitement de l’image ne sont pas les seules choses à gérer. Il y a aussi toute l’organisation autour des tarifs, de l’envoie des photos via Twitter ou un autre réseau social, la création de packs à mettre en place. Bien entendu, certain-es nudeur-ses cassent leur prix, il y a alors de la concurrence et les internautes se font rares par moment.

« Je propose des photos personnalisées suivant la demande, ensuite les photos simples sont au choix mais il arrive que le « client » me laisse choisir quelle photo je veux envoyer. Il y a beaucoup de demande mais la moitié n’achète pas car il y a de la concurrence et certaines proposent des prestations à bas prix. J’ai donc un prix de base pour une seule photo, je fais aussi des packs de plusieurs photos ou le prix est réduit. Il m’arrive aussi de faire des genres de promo, par exemple je divise les prix par 2 ou j’offre une photo en plus. » développe Savannah

« Je viens de commencer et je suis une fille trans, ce qui attire moins les gens. Je mets mes tarifs régulièrement à jour, par rapport aux demandes des clients, étant nouvelle je ne sais pas encore comment m’y prendre mais selon moi j’ai des tarifs totalement raisonnables au vu de ce que je propose ! » confie Mia

« J’essaie de m’adapter pour satisfaire tout le monde mais c’est très chronophage. Souvent, on me demande mes tarifs et je n’ai plus de nouvelles. J’essaie d’aligner mes tarifs sur ceux des autres nudeuses et de diversifier les offres. » rapporte Chadenco.

« J’ai une grille de tarif qu’un ami m’a aidée à faire, j’ai écouté ses conseils pour les tarifs, ce qu’il en pensait. Mais je n’ai jamais vraiment demandé précisément les tarifs d’autres filles, par contre il m’est arrivé de donner les miens en « exemple ». Et puis vendre sur Twitter c’est plus simple, il n’y a pas de commission. » renseigne Emeline

« Je m’aligne en fonction de la « concurrence », j’essaie de ne pas faire des prix trop bas pour ne pas perdre trop d’argent. » précise Eve.

Mais il y a aussi la curiosité malsaine des internautes qui, au final, fait perdre du temps puisqu’eils n’achètent pas :

« Les demandes sont nombreuses mais les ventes beaucoup moins, il y beaucoup de « gratteurs » ou d’hommes irrespectueux ici. » révèle Lily.  

« Les clients sous-estiment souvent le temps que ça prend, surtout ils ne comptent jamais le temps qu’on prend en service à discuter avec eux. Parfois, ils sont très très lourds. Beaucoup n’achètent pas et te font juste perdre ton temps. » explique Enora

Les nudeur-ses doivent également prouver que leur compte n’est pas fake. En effet, des faux comptes proposant et vendant des nudes sont monnaie courante sur Twitter depuis quelques années. Ces comptes ont des milliers d’abonné-es, volent des photos à des mannequins trouvables sur le net et arnaquent en les vendant aux internautes. Le compte PayPal étant en bio, le nombre d’abonné-es étant élevé, les internautes ne se méfient pas tout le temps mais certain-es usent de stratagèmes envers les nudeur-ses pour qu’iels leur prouvent qu’iels sont bien « réel-lles ». Attention à ne pas vous faire avoir dans un sens comme dans l’autre ! Mais la fraude n’est malheureusement pas le seul problème lorsque l’on vend et partage des photos dénudées sur un réseau social comme Twitter. Les remarques dégradantes, les insultes ou encore le harcèlement sont une réalité pour ces femmes/lœmme dont c’est leur propre choix de montrer leur corps à travers leur écran. 

« Les femmes sont constamment sexualisée, et quand elles utilisent cette même sexualisation pour vendre des photos, elles sont insultée. Je n’y réponds pas, voire très peu, je vends des photos de moi si je le souhaite et personne ne me fera faire le contraire ! » témoigne Mia.

« Une femme est insultée et sexualisée quoi qu’elle fasse alors tant qu’à faire autant me faire de l’argent. Ceux qui m’insultent m’apportent souvent de la visibilité et donc de la pub. » s’amuse Jenn.

« Je n’y réponds pas, si je ne plais pas, ce n’est pas grave. Je m’assume et c’est ça qui compte le plus pour moi. Il y aura toujours des gens pour critiquer et je n’ai pas de temps à perdre avec ces gens-là. » explique Chadenco.

« Je ne dois rien à personne, je me moque des insultes, autant bloquer sans essayer de raisonner les étroits d’esprit et les frustrés. » conclut Lily.

Loin d’être un effet de mode, la vente de nudes à encore de beaux jours devant elle. Le marché c’est davantage développé grâce aux réseaux sociaux et puis tant qu’il y aura de la demande le business perdurera, c’est ce que pense la majeure partie des nudeur-ses qui ont répondu à mes questions : 

« Comme toute vente de choses érotiques, je ne pense pas que ça va perdre en vitesse. Par contre, il est à noter que certaines femmes se mettent à acheter (aux hommes et aux femmes) et il est possible que le marché augmente encore. » explique Enora.

« L’art en général a toujours été quelque chose qui perdure, peu importe la forme de celle-ci, les nudes sont une forme d’art, donc je pense que ça peut perdurer. » confie Mia

« Avant les gens achetaient des cartes postales avec des pin-up sexy, maintenant ils achètent des nudes. La forme change mais le fond reste le même. » partage Jenn.

« Je pense que la vente de nudes est un business qui peut perdurer pour la simple et bonne raison que des personnes sont prêtes à payer. Tant qu’il y aura de la demande, l’offre sera présente. » développe Chadenco.

Que ce soit par amour de la photographie, de leur corps ou encore de l’argent, ces jeunes femmes/lœmme ont l’envie de continuer à prendre des photos et à les vendre. C’est une forme de revenu comme une autre pour elleux et cela leur permet également de booster leur moral et confiance. 

« J’ai envie de continuer car la photographie de base est quelque chose qui me passionne et j’ai réappris à accepter mon corps tel qu’il est à travers mes photos. Si en plus ça me rapporte de l’argent, pourquoi arrêter ! » confie Savannah

« C’est une forme de revenu comme une autre qui permet d’arrondir les fins de mois, voir aider certaines personnes précaires. Je compte continuer et ce jusqu’à ce que je n’en ressente plus l’envie ou le besoin ! » dévoile Mia

Vendre des nudes permet également de faire de belles rencontres via les réseaux sociaux, entre nudeur-ses notamment. Les concerné-es peuvent se soutenir entre elleux et faire face aux remarques désagréables voire au harcèlement. 

« J’ai toujours besoin d’argent et faire des nudes m’a permis de faire la connaissance de plein de meufs géniales et à apprendre à aimer mon corps. Avant je l’aimais pas du tout et maintenant je me trouve supra bonne. » exprime Jenn

Néanmoins, ce business est à double tranchant. En effet, à côté de cette envie d’aimer prendre des photos, d’aimer mettre son corps en scène, il n’y a pas que des paillettes. Il y a aussi le revers de la médaille. Les messages dégradants et les insultes à longueur de journée, le harcèlement qui parfois peut devenir très violent. Très peu de médias alertent sur les risques de se lancer dans « ce milieu ». Même si l’interaction se passe uniquement à distance, derrière un écran, le moral peut en prendre un sacré coup et la demande de certain-es internautes est très pesante. 

« J’ai envie de continuer à vendre des nudes mais on est vue comme des morceaux de viande, des « putes » et c’est parfois difficile à gérer. Les personnes qui insistent pour du réel ne comprennent pas ce qu’on leur dit. Le pire c’est les dick pic non désirées, j’en reçois au moins une par jour et c’est assez démotivant. » témoigne Chadenco

« Il faut arrêter de voir ça comme de la prostitution dans le glamour et les paillettes. On fait ça presque toutes par besoin d’argent et manque de temps. On prend cher toute la journée ! On est les putes de Twitter et on aimerait un peu plus de respect et de considération, autant des médias pseudo bienveillants qui font passer ça pour le nouvel effet de mode que des idiots qui passent leurs journées à nous insulter. C’est difficile. » m’a confiée une jeune femme qui préfère rester anonyme. 

Ces femmes/lœmme ne doivent rien à personne, iels font leur propre choix et c’est celui de vendre de nudes sur internet !

(Photos : Mariel Abbene@chiaraliki.art)    

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